Réseaux sociaux : quand la violence verbale révèle un besoin d’écoute


Ces dernières années, les réseaux sociaux sont devenus un lieu « central » d’expression.
Mais…derrière les échanges rapides, derrière les « partages », une réalité préoccupante s’impose : la montée de la violence.
Je crois qu’elle s’explique en partie par un climat de défiance généralisée. Beaucoup de personnes disent ne plus faire confiance à nos représentants politiques, à nos institutions, à nos médias et aujourd’hui pour certains à nos médecins….
Les scandales, les contradictions sans compter les mensonges laissent une impression de trahison. Et à force et bien une colère s’accumule et finit par éclater….notamment en ligne.
Insultes, divisions, polarisations,…ce climat tendu n’est pas sans conséquences sur notre santé psychologique…

En tant que psychothérapeute, habituée à accompagner tant des personnes traversant des états de stress post-traumatique que des conflits relationnels, je constate à quel point cette agressivité n’est pas anodine. Elle dit quelque chose de nos besoins humains….
La violence sur les réseaux sociaux ne s’explique pas uniquement par l’anonymat ou la liberté d’expression…elle peut aussi refléter une frustration plus intime : le besoin de reconnaissance, de validation sans compter ce qui manque cruellement à de plus en plus de personnes : le besoin d’appartenance.
Je crois que quand une personne se sent invisible dans sa vie quotidienne ou impuissante face à des décisions politiques ou sociétales qu’elle juge injustes, publier un commentaire véhément, réagir avec force peut être une manière de dire : « je veux exister », « je veux être entendu(e)… » et lorsque ce besoin de reconnaissance ne trouve pas d’écho, il peut se durcir et se transformer en attaque très violente…

Quand le virtuel s’invite dans le couple : j’observe de plus en plus que ces tensions en ligne ne se limitent pas au virtuel. Elles franchissent le pas et s’invitent dans l’intimité du couple.
Je constate régulièrement que la publication d’un avis très « tranché » d’un des partenaires (qu’il s’agisse d’une position politique autour du conflit israélo-palestinien, d’une opinion sur la covid 19 ou tout autre sujet de société « clivant ») peut rapidement devenir source de disputes…Une simple prise de position en ligne peut alors réveiller de profondes incompréhensions au sein du couple : « comment peux-tu penser comme ça ? »..  « mais c’est horrible tu te rends compte que tu blesses des gens » jusqu’à parfois être convaincus que « on n’a plus les mêmes valeurs »….
Ces désaccords, parfois minimes au départ peuvent créer des « fissures » dans la relation quand ils ne sont pas accueillis et mis en mots dans un espace de dialogue.
Avec les couples j’observe souvent ce mécanisme : derrière une dispute où l’on s’accuse de ne « jamais s’écouter », derrière une colère qui explose…il y a fréquemment une peur : celle de ne pas/plus compter, celle d’être rejeté(e ), celle d’être seul(e )…
Comment apaiser ce climat alors ? je crois que le défi n’est pas seulement de censurer ou de modérer les propos violents mais surtout de créer des espaces où les émotions peuvent se dire autrement.
Sur le plan collectif, je crois que ça passe par la promotion de lieux où la différence peut s’exprimer sans écraser l’autre et donc en toute « sécurité ». Car lorsqu’une parole trouve un cadre bienveillant elle n’a plus besoin de passer par les insultes…elle peut alors devenir constructive, réparatrice et créatrice de lien(s).
Que ce soit sur les réseaux sociaux, au sein d’un couple, dans une famille ou entre amis, les mots ont le pouvoir de diviser certes mais ils peuvent aussi rapprocher…
Les conflits disparaissent rarement d’eux-mêmes mais ils peuvent devenir des occasions de mieux se comprendre lorsqu’ils trouvent un cadre où chacun peut exprimer ce qu’il vit.

Kate Rizzi
Psychothérapeute

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