Pourquoi on ne lit plus jusqu’au bout…


Le « scroll » change-t-il notre cerveau …et pourquoi ne lit-on plus jusqu’au bout ???

Je remarque de plus en plus que de nombreuses personnes (et parfois très cultivées !) partagent des articles sur les réseaux…sans les lire…
Elles lisent le titre… peut-être les quelques premières lignes et je me demande même si pour certaines…elles ne se contentent pas de lire seulement les commentaires et…hop « partage »…
En disant cela je ne juge absolument pas, je pense juste que ça dit quelque chose d’inquiétant sur l’état de notre attention aujourd’hui. Parce qu’entre nous : si vous êtes encore en train de lire ces lignes… vous faites déjà partie d’une minorité…
Et quand on « scrolle » je ne peux pas m’empêcher de penser à ce que ça active dans notre cerveau. Parce que çe n’est pas anodin : on touche à des circuits très puissants.
On parle souvent de la dopamine et pour de bonnes raisons. La dopamine c’est l’hormone de l’anticipation du plaisir, de la recherche, de la nouveauté…c’est elle qui nous donne l’élan, l’envie, la motivation d’aller « voir ». Et le « scroll » infini (Youtube shorts, Instagram, Tik Tok…) active ce système qui nous maintient dans une boucle « encore un…et le suivant…allez encore un p’tit dernier…non parce qu’on trouve quelque chose d’extraordinaire mais parce que chaque nouveauté potentielle réactive cette boucle « dopaminergique ». Même un « micro » contenu banal suffit tant qu’il offre une chance d’être surpris…c’est exactement ce que cherche la dopamine : la promesse pas le résultat !
Et plus on sollicite ce circuit plus le niveau de stress de fond augmente car notre cerveau reste dans un état de micro surveillance permanent…la noradrénaline prend le relais (vigilance, tension) et le cortisol installe une forme d’hyper-vigilance, résultat : on n’accède plus à une attention profonde mais une pseudo attention fragmentée…constamment interrompue et forcément notre mémoire de travail en souffre…un peu comme un ordinateur avec trop d’onglets ouverts : ça tourne… mais ça rame! Le flux d’informations vient saturer la capacité du cerveau à traiter le présent. Bien sûr d’autres neurotransmetteures sont impliqués mais la dopamine reste le moteur. Et c’est une des raisons pour lesquelles dans les états de stress, de burn-out et de dépression, beaucoup de personnes disent ne plus avoir envie de rien et qu’elles ne parviennent pas à « commencer »…leur système dopaminergique est épuisé !

Et les conséquences directes…c’est qu’on ne lit plus jusqu’au bout. On perd le goût de la lectdure, on ne retient plus et on confond « avoir vu passer » et « avoir compris ».
Alors pourquoi partage-t-on dans ce cas autant de contenus sans même les lire…peut-être parce que cette économie de l’attention nous pousse à réagir vite : un titre qui choque, une émotion, un mot-clé…on partage sans approfondir. Peut-être aussi parce que notre cerveau en arrive à chercher en permanence des raccourcis d’effort : lire un texte long ou un livre demande de l’énergie alors que « scroller » en demande nettement moins ! Et si on ajoute l’impression trompeuse d’être informé car voir défiler beaucoup de contenus donne parfois l’illusion de maîtrise…bref on consomme mais on n’intègre plus !

Alors je me demande…et si tout cela n’était qu’un symptôme ?
Je vois tant de personnes épuisées, saturées de stimuli…peut-être que ces « scroll » sont devenus un moyen de fuir la surcharge, des mini « shoot » de dopamine pour « tenir » ou encore une façon d’éviter le vide, le silence, l’ennui…qui sont selon moi essentiels à notre régulation émotionnelle.
Une question que je pose très souvent en consultation : « combien de fois par jour faites-vous une vraie pause…sans écran ? » la plupart me répondent : « euh… » autrement dit : presque jamais !

Même aux toilettes où autrefois notre esprit pouvait « souffler », il n’y a presque plus de vide. On y emporte son smartphone, on « scrolle », on répond, on partage…
Ce moment qui permettait il n’y a encore pas si longtemps d’avoir une idée, une intuition, une prise de recul (« au fait je viens de penser à ce que tu me disais ») semble s’être complètement évaporé. Bref : notre cerveau n’a plus d’espace de respiration.

Quand j’invite les personnes que j’accompagne à tester de vraies pauses sans écran (pas pour interdire) pour recréer du vide, de l’attention, du lien à soi, du lien à l’autre…la première réaction est presque toujours : « mais…c’est pas possible on ne peut plus rien faire alors » !!!
Et c’est souvent là que quelque chose s’ouvre.
Parce qu’on réalise que l’écran remplace un silence, une sensation, un repas partagé, une présence à soi…une relation…

Et que ce que notre cerveau tente d’éviter en restant « connecté » est peut-être justement exactement ce dont nous avons besoin pour nous ré-équilibrer.
Mais…si vous êtes encore là…et que vous êtes parvenu à lire jusqu’ici, c’est que votre attention sait encore tenir  un fil. Et ça c’est plutôt une bonne nouvelle.
Alors je vous propose un simple « test » : si cet article vous a parlé, partagez-le en précisant que vous l’avez lu jusqu’au bout, juste ça…un geste presque symbolique pour remettre un peu de conscience dans ce qu’on diffuse.
Et si vous sentez que votre attention, votre énergie ou votre clarté mentale s’effritent, considez-la comme un signal et non comme un échec…parfois quelques ajustements suffisent. Et reprendre la main sur son attention, c’est souvent le premier pas pour se reconnecter et redevenir le pilote de sa vie intérieure.

Kate Rizzi
18 novembre 2025